Mardi 21/03/17

21 mars 2017

Le principal enseignement du débat télévisé d’hier soir, c’est la confirmation que Marine Le Pen est en position de gagner l’élection présidentielle. Ses concurrents l’ayant peu été attaquée jusqu’ici, ils lui ont permis une qualification d’office pour le second tour. Elle a deux adversaires possibles :

- Emmanuel Macron, qui avait été pugnace en première mi-temps, s’est délité lors de la seconde. Sa réponse en forme de bouillie pour chat quant à la politique étrangère qu’il mènerait a donné l’occasion à Marine Le Pen de le décrédibiliser. Un débat de second tour en face à face risquerait d’amplifier la tendance. Il doit impérativement redresser la barre dans les jours qui viennent sur ce sujet où il a été totalement incompréhensible. Il n’est pas certain qu’il en soit capable.

- François Fillon, à l’inverse de Macron, a été nettement meilleur en seconde mi-temps. Lui ne se fera pas manger par Le Pen dans un débat de second tour. Mais il est à craindre une très faible mobilisation de l’électorat des éliminés du 1er tour, soit pour des raisons politiques (les électeurs de gauche vis-à-vis de la politique économique et sociale de Fillon), soit pour des raisons morales.

Dans les deux hypothèses, la possibilité de victoire de Marine Le Pen au soir du 7 mai est réelle.

Comme il était prévisible, elle a confirmé être une adversaire redoutable, pugnace, s’appuyant sur un faux bon sens et n’hésitant pas à sortir des contre-vérités (l’augmentation de la délinquance) pour convaincre. Peut-être n’aura-t-elle guère augmenté son score hier soir, mais elle aura sans doute contribué à faire baisser celui de Macron. Les sondages des jours prochains seront particulièrement révélateurs à cet égard. Prenons les paris :

- Le Pen aux alentours de 28/30

- Macron et Fillon au coude-à-coude dans la zone 21/23

- Mélenchon vers les 14/15

- Hamon décroché à 10.

Mercredi 15/03/17

15 mars 2017

Nous sommes le 28 janvier 2017 : François Fillon, à la suite des révélations du Canard et de l’auto-saisine du PNF, renonce à se présenter et propose à Alain Juppé de le remplacer, après validation par les instances de LR et de l’UDI. Après quelques ajustements d’équipe et de programme, la campagne se déroule sans anicroche notable et Alain Juppé remporte la présidentielle puis, dans la foulée, les législatives. Il peut entamer la mise en oeuvre des réformes dont la France a besoin.

Hélas, ce scénario ne s’est pas produit et la droite a aujourd’hui un candidat mis en examen (à tort ou à raison, mais nécessairement affaibli). Pour compléter la célèbre phrase : « qui imagine le Général de Gaulle mis en examen pour détournement de fonds publics et recel d’abus de bien sociaux, et néanmoins candidat à la Présidence de la République ? »

François Fillon, en maintenant sa candidature, a pris son camp politique en otage. Mais ce n’est qu’un dommage parmi d’autres. Il y a désormais 2 épilogues possibles :

- sa défaite dès le 1er tour de l’élection présidentielle, qui entraînera de terribles règlements de comptes et l’éclatement de LR (la fraction Wauquiez étant susceptible de s’allier au FN pour les législatives)

- sa victoire au 2ème tour et son impuissance à mettre en oeuvre quelque réforme que ce soit.

Dans le 1er cas, c’est Marine Le Pen qui se renforce, dans le second, c’est Martinez qui s’impose. Brillante manoeuvre !

Mercredi 08/03/17

8 mars 2017

Sauf coup de théâtre (qui pourrait intervenir le 15 mars), on connait peu ou prou le casting : Le Pen, Fillon, Macron, Hamon, Mélenchon (peut-être). Plus quelques faire-valoir qui devraient obtenir les parrainages : Dupont-Aignan, Arthaud, Asselineau …  Quels sont les déterminants du vote ?

1. Le besoin de renouvellement. Il est inutile de revenir sur la cohorte des éliminés. Ce point plaide plutôt pour Macron que pour Fillon.

2. La droitisation de la société. Le phénomène est évident. Il pousse Le Pen et Fillon. Mais aussi Macron puisque la moitié des anciens électeurs de Hollande semblent vouloir se reporter sur lui.

3. Le ras-le-bol du clivage droite-gauche. En parallèle du phénomène précédent, de plus en plus d’électeurs ne se retrouvent plus dans le rejet de toutes les mesures préconisées ou mises en place par « l’autre camp ». A l’évidence, Macron profite de cette tendance. Il a eu l’habileté de ne pas se situer au centre, mais de dire que l’intelligence consiste à prendre les mesures efficaces d’où qu’elles viennent. Il est évident que le CICE et le Pacte de Responsabilité ont aidé les entreprises à devenir plus compétitives, et la droite devrait le reconnaître même si c’est la gauche qui en a eu l’initiative.

Tout cela fait beaucoup de facteurs favorables à Macron, qui a 3 talons d’Achille :

- son inexpérience du domaine régalien (en cas de grave crise internationale ou d’attaque terroriste, cela pourrait peser),

- une éventuelle arrivée massive de ministres socialistes qui se détourneraient officiellement d’Hamon. Il tente de prendre les devants en disant que ces soutiens (à venir) ne participeront pas à la campagne, mais les adversaires auront beau jeu de dire que Macron n’est que la réincarnation de Hollande,

 - une grande incertitude quant à sa capacité à obtenir une majorité parlementaire. Mais de cela, il faudra reparler tant une élimination de Fillon au premier tour entraînerait des règlements de comptes et peut-être un éclatement de LR.

 

Lundi 06/03/17

6 mars 2017

« Demerden sie sich » vient de dire Alain Juppé. Nul soutien à François Fillon dans cette déclaration crépusculaire. Juppé pense la présidentielle perdue pour la droite. Et effectivement, sauf coup de baguette magique, elle est perdue. 45% des sympathisants LR sont opposés au maintien de la candidature Fillon. Avec des intentions de vote aux alentours de 17%, on voit mal comment celui-ci pourrait se qualifier pour le second tour, même si de nombreux électeurs ne se prononcent pas encore.

Aucune solution alternative ne s’impose alors qu’il faut impérativement en trouver une car :

- avec Fillon, la défaite est quasiment assurée, d’autant qu’une candidature UDI (destinée à faire pression sur Fillon) se profile

- si tant est qu’il soit élu, ce serait un « président en slip », dans l’incapacité de mener les réformes figurant dans son programme

- tout idée de ticket avec Baroin aboutirait, en cas (très hypothétique) de succès, à un affaiblissement du Président incompatible avec l’esprit de la Vème République et, accessoirement, au cas de figure ci-dessus.

La droite est mise dans l’obligation de faire appel à son parrain Don Nico de trancher. C’est malheureux à dire, mais lui seul peut imposer une candidature de substitution. Au vu de la photo du podium de Trocadéro, il n’y en a qu’une : celle de François Baroin.

Jeudi 02/03/17

2 mars 2017

Le maintien de la candidature de François Fillon empêche tout débat sur les orientations majeures à prendre pour le pays alors que la situation rend ces décisions urgentes. L’aspect judiciaire du cas Fillon n’est pas l’essentiel et ne concerne que lui et sa famille. Il est temps de se rendre compte qu’il est grillé politiquement, ce que les différentes études d’opinion qui sortiront dans les prochains jours démontreront. Le maintien de cette candidature aura pour effet de provoquer un second tour entre Le Pen et Macron. En ce cas, mon choix se portera sur le second mais :

- c’est tout de même une solution très aventureuse, d’autant plus que la politique économique menée sous le quinquennat Hollande n’a pas abouti qu’à des succès,

- rien ne dit que Macron vaincrait Le Pen dont les qualités dans un débat en face à face sont évidentes.

La seule solution pour la France est que la droite et ce qui reste du centre basculent sur un plan B, lequel ne garantit pas le succès, mais évite la défaite certaine en cas de candidature Fillon. Il n’est plus temps de laisser s’entredéchirer les quinquas. Au vu de l’urgence de la situation, le seul plan B possible, c’est Juppé.

Mercredi 01/03/17

1 mars 2017

On peut se demander à quoi rime la mise en scène de François Fillon ce midi. Car il n’a rien dit de nouveau, si ce n’est qu’il était convoqué par les juges en vue d’une mise en examen. Cela ne justifie en rien un report de la visite au Salon de l’Agriculture car la conférence de presse pouvait parfaitement être programmée à un autre moment. Cela signifie-t-il que Fillon a été pris par le doute et tenté de renoncer ? Ou bien qu’il souhaite provoquer un effet de dramatisation susceptible de ramener à lui des électeurs ?

Il est toujours aussi incompréhensible de voir l’obstination de cet homme qui prend en otage son camp politique, mais aussi le pays tout entier. Car le risque qu’il fait prendre à tous est considérable : c’est celui de voir Macron se faire dévorer par Le Pen dans l’entre-deux tours.

Mais il est trop tard pour changer de cheval !

Mardi 28/02/17

28 février 2017

Il n’est pas certain que Marine Le Pen parvienne au second tour. Aujourd’hui, les sondages la donne aux alentours de 25-26%, alors que Macron se situe à 24 et Fillon à 20. Mais nombre d’électeurs ne sont pas encore certains de voter pour le candidat qu’ils ont à ce jour désigné. Et une forte proportion de l’électorat ne sait pas encore si elle ira voter, et encore moins pour qui (38% le 27 février, alors que ce taux devrait tomber à 20 ou 25% au moment du vote). En gros, il y a donc encore 15 points à prendre, sans compter les transferts possibles d’un candidat à un autre. Dans ces conditions, on comprend mal pourquoi personne n’attaque Marine Le Pen.

Autre observation : Fillon se situe à un niveau particulièrement bas alors que le potentiel actuel d’un (bon) candidat de droite est de l’ordre de 28 à 30%. La déperdition est le résultat des affaires le concernant, mais également d’un programme invendable à une frange de l’électorat de la droite modérée. Ajoutons-y le côté « Droopy » du bonhomme … Mais pour autant, s’il se révèle aussi bon dans les débats télévisés que lors de la primaire, il peut remonter et se qualifier. Car nombre des 15% « flottants » se détermineront en regardant les débats. Le problème pour Fillon sera le niveau élevé des concurrents : Le Pen et Mélenchon sont de redoutables débatteurs, Macron est brillant (même si on ne l’a pas vu en situation de polémique) et Hamon a de la répartie. Pas sûr que l’austérité affichée du personnage passe aussi bien qu’à la primaire, surtout au vu des événements des dernières semaines.

Et surtout, n’oublions pas que Marine Le Pen peut voir son score gonfler en cas d’attaque terroriste d’ici à l’élection.

Lundi 20/02/17

20 février 2017

Depuis 1965, le taux de participation au 1er tour de l’élection a toujours été proche de ou supérieur à 80%. D’après le rolling IFOP, la prévision stagne aux alentours de 62-63%, soit un niveau très faible qui s’explique par l’insatisfaction de deux populations d’électeurs :

- 30% des sympathisants LR ne souhaitent pas que Fillon maintienne sa candidature, d’où la faiblesse de celui-ci dans les intentions de vote (18,5% en cas de candidature Bayrou alors que les élections départementales de 2015 ont vu la victoire de l’UMP avec 27,5% des voix au 1er tour)

- nombre d’électeurs de la gauche modérée ne se prononcent pas encore, ne se reconnaissant ni en Hamon, ni en Macron.

Il en résulte ce « manque à gagner » en termes d’électeurs qui fausse les % d’intentions de vote. L’enjeu pour les 2 candidats rivaux pour l’accession au 2ème tour est de mobiliser leur électorat potentiel. Tous les autres électorats ont leur candidat : la gauche de la gauche à qui s’offre un choix très large, la droite nationaliste qui se satisfait manifestement d’une seule candidate.

Cette mobilisation va sans doute se produire pour Fillon car les sympathisants LR iront voter dans une grande majorité. C’est pourquoi celui-ci a toutes les chances d’atteindre le 2ème tour et de la gagner. Mais pour gouverner avec quelle légitimité ?

Vendredi 17/02/17

17 février 2017

L’affaire Fillon ne sera donc pas classée. La suite n’est pas réjouissante pour lui en termes politiques. L’effet d’une citation directe à comparaître sera catastrophique, et celui de la nomination d’un juge d’instruction à peine moindre. Et malgré tout, il conserve ses chances. C’est dire si l’électorat de droite a vraiment envie de voter pour un candidat de droite, n’importe lequel.

Imaginons le élu. On peut oublier une bonne part de son programme initial, pourtant plébiscité lors de la primaire. C’est le Premier Ministre (Baroin à condition que la droite gagne les législatives, ce qui n’a rien d’évident) qui sera l’homme fort. Imaginons maintenant que Pénélope soit jugée et condamnée. Le Président est à l’abri du fait du privilège de juridiction, mais pas son épouse. L’effet sera dévastateur ! L’affaiblissement du pouvoir présidentiel sera allé croissant depuis le second septennat de Mitterrand, en passant par la cohabitation Chirac – Jospin, l’endormissement du second mandat de Chirac et les guignolades des deux derniers titulaires du poste.

Si le tassement récent de Macron dans les sondages se transforme en écroulement, le candidat de droite a toutes les chances d’être élu. Mais pour gouverner, ce sera une autre histoire si c’est Fillon. La France n’a pas encore 5 ans à perdre. Et la droite n’a pas une semaine à perdre à dégager Fillon. Juppé semble aujourd’hui hors-jeu. Alors si c’est Baroin, c’est bien. Et si c’est Bertrand, c’est bien aussi.

Jeudi 16/02/17

16 février 2017

Comment interpréter la visite du candidat Fillon à Don Nico ?

Un soutien du parrain ? Mais il ne s’est pas encore manifesté. Hypothèse à exclure pour le moment.

Une mise en garde ? Du genre : « si tu es mis en examen, ou même que ton dossier est transmis à un juge d’instruction, c’est fini pour toi et il faudra un plan B … comme Baroin ». Ou, au mieux, « tu restes candidat, mais tu ne seras pas en état de vendre ton programme, donc tu reprends le mien avec Baroin comme premier soutien et futur Premier Ministre. » C’est mon hypothèse, d’autant que ledit Baroin publie un livre-programme au contenu très différent de celui de Fillon.

Déjà aujourd’hui, avec une simple enquête préliminaire, le candidat est inaudible. Voyons si, encore plus pressé par la justice mais avec un programme sarkozyfié et appuyé par Baroin, il réussit à reprendre la main. Il lui reste une semaine.

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