Mardi 22/05/17

22 mai 2017

La campagne des législatives est lancée et nul doute que le Président obtiendra une majorité. La seule question est : absolue ou relative ? Les chances d’obtenir une majorité absolue sont réelles. En effet, la volonté d’Emmanuel Macron est de désidéologiser la pratique politique. C’est tout le sens du « et droite, et gauche » (qui n’est pas du centrisme,ni du « ni droite, ni gauche »). C’est le constat que certaines mesures « originaires de la droite » comme d’autres « originaires de la gauche » sont souhaitables pour le pays et acceptables par une large majorité. Cette volonté a toutes les chances de séduire une majorité d’électeurs.

Mais pour autant, une telle majorité absolue est-elle souhaitable pour la France ? Ne serait-il pas préférable de s’appuyer sur un électorat élargi aux partisans de Juppé et aux socio-démocrates ou socio-libéraux de feu le PS ? Car les réformes à mettre en place devront nécessairement être appuyées par plus de 25 à 30% des Français. Pour cela, LR doit éclater, en laissant dans l’opposition la frange réfractaire au nouveau Président.

Un tel éclatement des partis est-il tenable à terme, avec le mode d’élection actuel des députés ? Sans doute pas. Il faudra donc introduire la proportionnelle. La question se posera alors du dosage.

Mardi 09/05/17

9 mai 2017

Le PS est en train d’exploser. Les députés vallsistes et hollandistes font les comptes des 2 tours de la présidentielle dans leur circonscription. Nombre d’entre eux sont dans l’antichambre de Macron, qui ne les accueillera pas tous, loin de là. Les hamonistes sont dans celle de Mélenchon. Des deux côtés, il y aura des morts.

LR de son côté est victime d’une double tentative d’OPA :

- le FN veut s’agrandir. Le seul vivier pour y parvenir est chez les sarkofillonnistes.

- Sur l’autre rive, EM ! devient donc LREM. Le choix du nom représente plus qu’une invite pour les juppéistes ; c’est même la deuxième tentative d’OPA.

Baroin essaie de bétonner car LR joue sa survie. Si la tendance droitière résiste aux sirènes lepénistes (on voit mal leur intérêt à y céder), les juppéistes iront chez Macron. LR va donc sans doute subsister avec sa seule composante droitière, ce qui est une excellente chose car cela évite au FN de se présenter comme la seule opposition de droite.

Reste à attendre la désignation du Premier Ministre.

Vendredi 05/05/17

5 mai 2017

Le suicide de Le Pen lors de son débat est incroyable. Sans doute avait-elle décidé d’attaquer son concurrent pour lui faire perdre son sang-froid. Mais elle est sortie de toute rationalité pour offrir une caricature qui ne pouvait que la décrédibiliser.  A tel point qu’on peut se demander, sans faire de la psychanalyse de bazar, si elle n’a pas reproduit le comportement de son père, toujours tenté de faire l’histrion pour être sûr de ne pas accéder au pouvoir. Elle avait déjà perdu l’élection. Elle a perdu en prime le leadership de l’opposition qui était un lot de consolation possible.

Elle a ainsi ouvert cette porte à Baroin qui peut espérer occuper le fauteuil après les législatives. Toutefois, celui-ci devra faire face à la tentative du nouveau Président de poursuivre son œuvre de recomposition, ce qui exige de casser la droite. Car si LR se partage entre un courant macro-compatible et une droite plus identitaire, Baroin, qui s’est positionné pour prendre la tête de cette dernière, ne règnera que sur une petite quinzaine de % de l’électorat. C’est court pour se poser en chef de l’opposition. Dans ces conditions, les investitures LR aux législatives prennent une importance accrue : qui suivra qui ?

Macron n’aura sans doute pas grand-chose à attendre de la gauche, car elle se partagera entre un restant de PS (quelques rares hollandais car le petit courant vallsiste ira chez Macron) et les mélanchonistes. Or ce dernier ne représente pas 20% des électeurs, mais plutôt 15% (depuis que le casting de la présidentielle est définitif, le total Mélenchon + Hamon a toujours fait 26%). Donc 15% pour Mélenchon + 15% pour Hamon + Valls + les hollandais, ça fera très peu d’élus (rappelons qu’il faut 12,5% des inscrits pour se maintenir au second tour).

Donc Macron ne peut aller chercher un soutien qu’à droite.

Jeudi 04/05/17

4 mai 2017

Lendemain de débat que Le Pen a lamentablement tiré vers le bas pour des raisons mystérieuses. Donc Macron sera élu. Son score sera supérieur à 60%. Mais vu le niveau de Le Pen, on s’explique mal pourquoi il n’ira pas 10 points au delà. Et donc pourquoi les électeurs de droite ne votent pas plus massivement Macron. En fait, on s’aperçoit que la recomposition n’est pas terminée et que le clivage gauche – droite est encore opérant (même s’il n’est pas le seul), d’autant plus que la droite s’estime privée de la victoire qu’elle pensait assurée. Pourtant, cette recomposition va se poursuivre. Macron va casser la droite en nommant un Premier Ministre issu de ses rangs, seule solution pour qu’il mène les réformes dont la France a besoin. Car il sait qu’il faut les mener et que ce sera difficile. C’est pour cette raison qu’il doit s’appuyer sur une force politique largement plus grande qu’En Marche !

La France a une chance extraordinaire devant elle. Fillon aurait été dans la totale incapacité de réformer. Seul Macron peut le faire. Et il faut qu’il réussisse, car sinon, nous aurons en 2022 un affrontement entre le FN et la gauche marxiste. Pour qu’il réussisse, il est impératif que les électeurs LR abandonnent leur défiance et qu’un vaste groupe central se constitue. Le retour du rêve de Giscard en quelque sorte.

 

 

Lundi 01/05/17

1 mai 2017

La volonté de Macron de réformer le Code du Travail (la loi El Khomri puissance 1000 comme dit Le Pen) par ordonnances dès cet été va déclencher une énorme contestation dans les rues. Mélenchon et ses insoumis vont s’en donner à cœur joie. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il n’appelle pas à voter Macron (l’autre étant la volonté de rester dans l’ambigüité pour faire élire le maximum de députés). La contestation sera violente. L’hystérisation de la campagne par Le Pen et la violence de ses diatribes  laissent craindre une situation insurrectionnelle. Car, ne nous y trompons pas, nous sommes dans les années 30 !

Cette réforme du Code du Travail est indispensable car elle est une des clefs des investissements dans l’économie. Mais Macron ne pourra la faire appuyé sur ses seuls 24% (20% des inscrits) du 1er tour. Il doit rassembler au-delà, et donc attirer le plus possible d’électeurs ayant choisi un parti de gouvernement (au total 50% des suffrages, ce qui est peu). Il ne pourra donc faire autrement que de tenter de constituer une majorité de coalition (avec une partie de LR et une partie du PS, ce qui est bien peu). On peut considérer que voter pour Macron dimanche prochain ne signifie pas adhérer à la personne ou au programme ; cela signifie simplement qu’on ne se situe pas à équidistance entre lui et Le Pen.

Il n’est d’ailleurs pas souhaitable qu’En Marche ! obtienne une majorité absolue aux législatives ; une majorité relative l’obligera à rechercher des alliances. Voilà pourquoi on peut parfaitement voter Macron, puis pour le candidat LR ou autre aux législatives de juin.  Il est indispensable de sortir des fidélités aux partis traditionnels car c’est l’avenir de la France qui est en jeu, pas celui de LR ou du PS. Rappelons également que l’axe droite-gauche ne constitue plus le seul clivage de la politique française ; il n’est qu’à se référer au référendum européen de 2005 pour voir que la coupure passait à l’intérieur de chaque parti. Et n’oublions pas que, comme disait de Gaulle, « la France, c’est pas la droite ; la France, c’est pas la gauche“.

Jeudi 27/04/17

27 avril 2017

Il est vraisemblable que si François Fillon avait renoncé  à être le  candidat de la droite (et du centre !), le candidat de substitution serait parvenu à se qualifier, sans doute contre Marine Le Pen. Les électeurs de gauche ont donc échappé au pire. Mais cela n’a plus aucune importance, si ce n’est que le socle de la droite est supérieur au score de Fillon et que le groupe LR à l’Assemblée sera important.

Redisons le : dans la configuration actuelle, la victoire d’Emmanuel Macron est assurée. Mais pas le chemin de roses. La campagne est complètement hystérisée et la situation va perdurer :

-          Marine Le Pen a capté une partie des électeurs « prafistes » et se livre à une agit-prop susceptible de pousser certains à l’insurrection. Son action, amplifiée par la centaine de députés FN qui sortiront des législatives, ne s’arrêtera pas là. Quand le président Macron va entreprendre la véritable réforme du code du travail, il y a lieu de craindre d’importantes manifestations susceptibles de produire les mêmes effets que le 6 février 1934.

-          Jean-Luc Mélenchon (qui a capté une autre part des prafistes)  et ses insoumis se mêleront à la danse. Tout cela représente 41% de l’électorat.

-          Celui de François Fillon ne se mêlera pas à ces manifestations, mais une partie votera Le Pen et une autre s’abstiendra, au prétexte que les valeurs portées par Macron ne sont pas les leurs. Il est permis de se demander ce qu’ils mettent derrière le mot « valeurs ».

 Macron va devoir faire face à une situation très difficile. Il ne transformera pas la situation d’un coup de baguette magique.  Ses solutions économiques (formation réorientée, montée en gamme de la production, poursuite de la politique de l’offre …) ne donneront des résultats qu’avec le temps. Pour éviter l’embrasement, il faudra beaucoup de pédagogie et un bon coup de pouce de l’Allemagne. Sinon, nous irons vers le pire.

Lundi 24/04/17

24 avril 2017

Evacuons rapidement  toute interrogation sur le résultat du 2ème tour : Macron sera élu président. La première question qui se pose est : avec quelle majorité après les législatives ?

Il est peu probable qu’En Marche ! et le Modem puissent obtenir seuls cette majorité. On peut néanmoins compter sur un nombre suffisant de députés élus sous les étiquettes LR et PS pour grossir les rangs. Certains évoqueront le souvenir de la 3ème force qui, sous le 4ème République regroupait la SFIO, le MRP, les radicaux et autres mouvements centristes, en gros tout le monde sauf le PC et les gaullistes.

Les nostalgiques de la mono-polarisation gauche-droite penseront peut-être que cette majorité politique n’existe pas, ou plutôt qu’elle ne recouvre aucune réalité sociologique.

A la première critique, on répondra que c’est méconnaître le rôle central du Président de la République, totalement différent de celui des années 50. On peut parfaitement imaginer, ou plutôt prévoir, un éclatement de LR, une branche s’alliant au FN, et l’autre rejoignant Macron. C’est en gros les juppéistes. On peut symétriquement penser que la tendance sociale-libérale, voire la socio-démocrate, bref des moignons du PS puissent en faire autant. En résumé, le Président de la République agrègerait sa majorité propre, comme de Gaulle l’avait fait en 58.

A la seconde critique, on objectera que la polarisation gauche-droite, pour peu qu’elle existe encore, n’est plus le seul axe autour duquel la vie politique française s’organise. On revient vers ce que Giscard souhaitait lorsqu’il disait que la France « veut être gouvernée au centre ». On peut d’ailleurs penser qu’une majorité de Français en ont soupé de cette droite qui critique tout ce que fait la gauche au pouvoir et vice-versa.

Il y a tout lieu de penser que cette majorité sociologique, mais aussi politique, existe.

Vendredi 21/04/17

21 avril 2017

Quel sera l’impact de l’attentat d’hier soir sur l’élection présidentielle ? Quels seront les transferts d’un candidat à l’autre ? Y aura-t-il un surcroît de mobilisation et au profit de qui ?

Parmi les 4 grands, on peut prévoir un tassement de Mélenchon. Le coup de la branche d’olivier le jour des Rameaux, le positionnement comme « candidat de la paix », la négation du facteur religieux dans le conflit qui agite le monde musulman (et le reste), tout concourt à le déconnecter de la réalité actuelle. Combien peut-il perdre ? Sans doute 3 points, pour se retrouver aux alentours de 15%. Ces 3% iront pour partie à Le Pen (du protestataire « peace and love » au protestataire « fort en gueule ») et pour partie à Macron (retour vers le vote utile). Fillon n’en profitera sans doute pas.

En revanche, celui-ci peut grappiller quelques électeurs non mobilisés jusqu’à maintenant. Quelques uns, mais sans doute pas énormément.

Macron peut perdre quelques suffrages au profit de Fillon, perçu comme plus régalien.

Tout cela rend improbable une modification du duo des qualifiés : Le Pen et Macron.

Voilà, c’était le dernier pronostic avant la vote.

Mercredi 12/04/17

12 avril 2017

A 10 jours du 1er tour, il est temps de passer au pronostic, qui doit prendre pour bases les sondages classiques et non les élucubrations faites à partir des réseaux sociaux (gov ou autres). Ces sondages donnent un groupe de 4 candidats en tête. Mais des sondages ne sont en aucun cas une prédiction. Rappelons également que les chiffres bruts font l’objet de redressements. N’excluons pas que ces redressements aillent tous dans le même sens, les sondeurs s’influençant l’un l’autre. Il n’empêche qu’ils convergent tous vers les scores suivants : Macron et Le Pen vers 23/24%, Fillon et Mélenchon aux alentours de 17/19 (loin derrière Hamon à 9/10).

45,7 millions de Français sont inscrits. A ce jour, la participation indiquée par les sondages est de 68%. Admettons qu’elle grimpe à 72,5%. Pour que Fillon se qualifie, il devrait passer de 5,9 millions d’intentions de vote à 7,3 millions de bulletins (Macron restant stable en nombre de suffrages), soit hausse de plus de 23%. Cela semble beaucoup, même si certains électeurs de droite, jusqu’ici réticents, pourraient se résigner à voter pour Fillon. Sa seule chance est dans un délitement du vote Macron, alors qu’on observe depuis plusieurs jours une cristallisation de celui-ci.

Selon, le même type de calcul, Le Pen apparaît comme une probable qualifiée.

Quant à la qualification de Mélenchon, je ne la crois pas possible, Hamon étant déjà largement siphonné. On ne peut toutefois exclure un transfert en provenance de Le Pen. Mais pour se qualifer, il devrait passer de 5,5 millions d’intentions de vote à 7,3 millions de bulletins, soit une progression de plus de 32%. Improbable.

Il reste donc 2 hypothèses :

- Le Pen contre Macron, hypothèse la plus vraisemblable

- Le Pen contre Fillon, ce qui nécessiterait un important apport de votants pour ce dernier. Pas impossible, mais loin d’être évident.

Et dire que tout cela serait totalement changé si l’attentat d’hier soir contre les joueurs du Borussia Dortmund avait réussi !

 

 

Lundi 03/04/17

3 avril 2017

Quelles sont les options raisonnables à 3 semaines du 1er tour ? Excluons immédiatement les élucubrations d’Hamon, Mélenchon et Le Pen, ainsi que les « petits ». Il reste donc 2 candidats :

- Fillon, dont je persiste à penser qu’il serait dans l’incapacité d’appliquer son programme, et qui ne nous a toujours pas dit quels postes de fonctionnaires il comptait supprimer (500 000 !). On m’objecte que c’est le projet qui importe. Mais un projet porté par un candidat incapable de le mettre en oeuvre n’est plus un projet crédible.

- Macron dont les faiblesses sont évidentes (majorité parlementaire non garantie, tendances au discours creux mis en évidence lors du débat de TF1, besoin de séduire …). Il y a lieu d’avoir de sérieux doutes.

Mais entre la certitude que le premier se révèlera impuissant, et les doutes que le second suscite, il me semble qu’il faut choisir les doutes.

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